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La présidente sortante de la Lettonie Vaira Vike-Freiberga, un produit d’exportation

Mais Mme Vaira Vike-Freiberga est très critiquée en matière de respect des droits de l’homme en Lettonie. Près de la moitié des russophones de Lettonie sont dépourvus de citoyenneté. Ce sont les habitants russophones de son propre pays qui ont jusqu’à présent un passeport violet, portant l’humiliante inscription ’non-citoyen’.

Cette ancienne universitaire polyglotte, qui a vécu la majeure partie de sa vie au Canada, a eu la satisfaction en 2004 de présider à l’entrée de son pays, dans l’Union européenne (UE) et l’Otan.

En tailleur de couleurs vives, choisis avec soin pour trancher sur la grisaille des costumes masculins de ses homologues étrangers, Vaira Vike-Freiberga a imposé son style.

En Lettonie même, elle a forcé le respect d’une bonne partie des 2,4 millions d’habitants. Ne pouvant briguer un troisième mandat, elle se retirera le 7 juillet, à 69 ans, sans vouloir dévoiler ses intentions futures.
"Vaira Vike-Freiberga a su compenser par son autorité le pouvoir limité que la Constitution lettone confère au président, avec un magistère moral, une capacité d’énonciation des enjeux servie par une excellence oratoire et, enfin, une vision à long terme", note un diplomate européen.
En janvier 1945, à l’âge de sept ans, elle doit fuir la Lettonie avec sa mère et son beau-père - elle n’a pas connu son père, un marin disparu en mer - face à la progression de l’Armée rouge.

Elle en gardera la conviction qu’il faut définitivement ancrer son pays à l’Ouest afin de le préserver d’une nouvelle occupation.
Mme Vike-Freiberga commence sa scolarité dans un camp de réfugiés lettons situé près de Lübeck, dans le nord-ouest de l’Allemagne. "Enfant, elle lit les légendes de son pays et se révolte contre les nombreuses histoires de défaites qu’elles contiennent ", raconte Nadine Vitols-Dixon, auteur d’une biographie de la présidente.
En 1949, alors qu’elle a 11 ans, sa famille émigre vers le Maroc français. Son beau-père y a trouvé un emploi sur un chantier de barrage hydraulique. En 1954, ses parents partent pour le Canada et s’établissent à Toronto.

Elle entame une carrière de professeur de psychologie à l’Université de Montréal, qu’elle mènera de front avec l’éducation de ses deux enfants, qu’elle a eus avec Imants Freibergs, ingénieur d’origine lettone avec lequel elle se marie en 1960.

Ce n’est qu’en 1998, sept ans après le retour de l’indépendance qu’elle s’installe dans sa ville natale, Riga. Elle y dirige l’Institut letton, organisme destiné à faire connaître le pays à l’étranger.
Un an plus tard, en 1999, les partis politiques ne parviennent pas à s’entendre sur le nouveau président. Des intellectuels suggèrent son nom. Inconnue du grand public, elle est élue de justesse, après avoir renoncé à sa citoyenneté canadienne.
"A ce moment-là de son histoire, le pays ne pouvait pas rêver meilleure présidente", estime Atis Lejins, le directeur de l’Institut letton des affaires étrangères.
Outre le letton, elle maîtrise aussi bien l’anglais que le français, l’espagnol et l’allemand. Fidèle aux Etats-Unis, même durant la guerre en Irak, elle est appréciée par Washington. George W. Bush le lui rendra bien, en faisant en sorte que le sommet de l’Otan de 2006 se déroule à Riga.

Mais Mme Vaira Vike-Freiberga est très critiquée en matière de respect des droits de l’homme en Lettonie. Selon le recensement de 1999, la minorité russophone (Russes, Biélorusses, Ukrainiens.) représente un tiers de la population lettone. À l’heure actuelle, selon le bureau letton des naturalisations, 43 % de la population russophone a un passeport letton, soit un peu plus de 348 000 personnes sur 809 665 russophones. Urbaine, cette minorité est majoritaire dans sept des huit plus grandes villes du pays. La capitale, Riga, n’est peuplée qu’à 37 % de Lettons d’origine.

Près de la moitié des russophones de Lettonie sont dépourvus de citoyenneté. Ce sont les habitants russophones de son propre pays qui ont jusqu’à présent un passeport violet, portant l’humiliante inscription "non-citoyen".

Ils sont environ 500 000. Ils vivent en Lettonie, ce petit État balte de 2,4 millions d’habitants coincé entre la Lituanie et l’Estonie, mais ne sont pas Lettons. Ils sont russophones mais n’ont pas de passeport russe, ils sont officiellement désignés comme des " non-citoyens ". Ils ne sont pas éligibles, n’ont pas le droit de vote, ne peuvent pas occuper certains postes au sein de l’État ni exercer certaines professions dans le secteur privé, ou bien encore bénéficier de certains droits de propriété, sociaux ou économiques, ils ne peuvent pas voyager en Europe (par exemple pour déposer une plainte au Tribunal européen...) . Ils sont les apatrides de l’Europe élargie. Telle est également la position personnelle de Mme Vaira Vike-Freiberga. Dans une récente interview la présidente lettone s’est exprimée sur la situation de la minorité russophone avec une belle franchise : "S’ils veulent rester Russes, qu’ils partent en Russie".

Lors de l’indépendance de la Lettonie en 1991, seuls les habitants présents en Lettonie avant la Seconde Guerre mondiale obtinrent la citoyenneté lettonne. Les autres durent attendre une première vague de naturalisations en 1994 puis une seconde en 1998 lorsque le pays céda aux pressions de l’OTAN et de l’Union européenne. Au mois de mai dernier sur injonction de Bruxelles, le pays a de nouveau assoupli la loi pour permettre aux personnes ne maîtrisant pas parfaitement le letton d’intégrer la fonction publique et à lancer une campagne pour promouvoir les naturalisations. Des mesures jugées encore insuffisantes par la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) du Conseil de l’Europe qui a dénoncé dans un rapport publié en juillet la situation " difficile " de la population russophone vivant sur le territoire letton, soumise à un " risque de marginalisation et d’exclusion ".

Lors de son passage à Paris en septembre, la présidente lettone Vaira Vike-Freiberga a refusé d’accorder automatiquement la nationalité à tous les russophones : " Ce n’est pas politiquement acceptable : nous ne pouvons pas accorder la citoyenneté aux gens qui sont arrivés ici en situation d’occupation étrangère. " La poussée surprise du parti des russophones (deuxième force politique du pays avec 18,86 %), la coalition " Pour les droits de l’homme dans une Lettonie unie ", lors des élections législatives du 5 octobre ainsi que de nouvelles pressions de Bruxelles pourraient peut-être faire plier la Dame de fer des Lettons.

L’an dernier, en jouant de son statut de femme d’Etat, Vaira Vike-Freiberga a brigué en vain la succession de Kofi Annan au poste de secrétaire général de l’ONU. Il n’en reste pas moins qu’aux yeux de nombreux Lettons, elle reste "le meilleur produit d’exportation" de la Lettonie, comme le note un diplomate.

© mercredi 30 mai 2007
par Pays-baltes.com

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