Les pays Baltes, j’ai appris quelque chose, c’est que, pour eux, l’histoire se confond entre l’occupation allemande et l’occupation russe. Et que, finalement, ils ont probablement plus oublié l’occupation allemande que l’occupation russe.
DEPLACEMENT EN RUSSIE
ENTRETIEN DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
ET EUROPEENNES, M. BERNARD KOUCHNER, AVEC LA RADIO "ECHOS DE MOSCOU"
Q - Bonjour Monsieur le Ministre, vous arrivez directement de la rédaction du journal "Novaïa Gazieta".
Q - Renaissance du nazisme dans les pays Baltes. Que pouvez-vous dire à nos auditeurs ?
R - Ils ont raison de se méfier. Et comme a dit Bertold Brecht, "le ventre est encore fécond d’où est sortie la bête immonde". Il y a des anciens nazis, il y en a des nouveaux. Il y en a même chez vous. Et le spectacle est effrayant. Ce n’est pas qu’il m’effraie, il me dégoûte. Figurez-vous que j’en ai même rencontré lors de mon séjour en Israël il y a quelques jours, dans cet endroit dont j’ai décrit la sensibilité, de jeunes nazis. Vous-vous rendez compte ? Il n’y en a pas beaucoup, je crois qu’il y en avait 5-6. Et donc, vous avez raison, il y a une espèce d’appétit de servitude, d’oppression, de tortures, de dégradation de l’être humain auquel les psychanalystes peuvent répondre mieux que moi. Moi, je ne peux que vous garantir que je les combattrai à vos côtés autant que nécessaire. Mais, Monsieur, j’en profite avec amitié pour vous dire que moi, je suis effrayé par le retour du racisme dans votre pays. C’est le cas dans tous les pays, dans le mien aussi, mais quand même.
Comment pouvons-nous, vous et moi, tolérer cela ? Est-ce que c’est un des travers de la nature humaine, une façon de se dépasser, de se prouver qu’on est un homme ? Il y a beaucoup de choses qui sont inacceptables et parfois incompréhensibles. Ce sont les faits.
Q - Et pourtant ce n’est pas un obstacle à l’entrée de ces pays dans l’Union européenne. Comment expliquer cela à ces gouvernements ?
R - Je ne sais pas. Mais je comprends ce que vous dites. Je suis surpris que les ressentiments soient encore tellement vifs contre la Russie. Vous savez, j’ai appris quelque chose. Les pays Baltes, j’ai appris quelque chose, c’est que, pour eux, l’histoire se confond entre l’occupation allemande et l’occupation russe. Et que, finalement, ils ont probablement plus oublié l’occupation allemande que l’occupation russe. Peut-être pour des raisons historiques de succession. Je ne sais pas. Mais de toute façon toute cette différence, toute cette ségrégation, cette discrimination n’est pas supportable.